Interpréter les paramètres fonctionnels de la marche
Optimiser l’évaluation clinique de la marche grâce à une méthode objective et reproductible
L’Analyse Fonctionnelle de la Marche (AFM) est une méthode clinique innovante, applicable à tous les patients capables de marcher. Basée sur la mesure des pressions plantaires (PST), elle permet de mettre en évidence l’organisation et les mécanismes de régulation du mouvement, en tenant compte à la fois des contraintes et des capacités propres à chaque patient.
Que le patient soit pieds nus ou chaussés, avec ou sans orthèse, prothèse ou aide technique à la marche, l’AFM s’adresse à une grande diversité de profils : chuteurs, patients ataxiques, sujets âgés, adultes ou enfants, etc… L’enregistrement précis et l’interprétation ciblée des PST constituent un levier puissant pour affiner les diagnostics, personnaliser les prises en charge et assurer un suivi longitudinal pertinent
Intérêt de l’analyse quantifiée de la marche chez l’enfant souffrant de paralysie cérébrale dans la prise en charge opératoire
L’analyse du mouvement est un domaine en plein essor auquel les cliniciens portent de plus en plus d’intérêt. Ainsi, plusieurs structures hospitalières et cliniques se sont dotées de laboratoires spécialisés pour analyser la marche pathologique. Ces laboratoires à la pointe de la technologie et leurs ingénieurs ou docteurs en biomécanique rendent possible la réalisation d’un examen complexe et complet, l’analyse quantifiée de la marche (AQM), qui permet d’objectiver de manière quantitative différents aspects de la marche. L’enregistrement des paramètres spatiotemporels donne de précieuses indications sur l’aspect fonctionnel de la marche, de la qualité du contrôle et des risques de chute. La cinématique articulaire permet de mettre en évidence la forme de la marche dans les différents plans de l’espace. La dynamique de la marche permet par l’étude des forces mises en jeu de revenir aux causes mécaniques du mouvement. Les enregistrements de l’activité musculaire par électromyographie de surface permettent d’observer les temps de contraction. Enfin, la vidéo, face et profil, permet de compléter l’analyse sur un versant observationnel et de garder en mémoire l’état de la marche d’un patient à un instant t. Cette analyse
complète permet au clinicien, rééducateur, chirurgien orthopédiste ou neurochirurgien de confronter les
résultats de l’AQM à sa clinique, de permettre une meilleure compréhension de la problématique du patient, de proposer à ce dernier une prise en charge thérapeutique adaptée et enfin d’objectiver les effets de cette prise en charge.
Analyse des paramètres spatiotemporels de la marche : de la théorie à la clinique
Auteurs: Arnaud GOUELLE et Fabrice MEGROT
Chapitre sur l'Analyse Fonctionnelle de la Marche par Arnaud GOUELLE et Fabrice MEGROT
Tiré de l'ouvrage coordonné par Arnaud DELAFONTAINE : Locomotion Humaine : Marche, Course
Posture, équilibre, mouvement : caractérisation et conséquences de l’instabilité motrice au cours de la marche
L’instabilité motrice, principalement au cours de la marche, peut se manifester de bien des façons. On peut la voir dans la cinématique de marche comme dans son organisation temporelle et spatiale. Être stable, c’est avoir la faculté de maintenir une locomotion fonctionnelle en dépit des perturbations cinématiques et des erreurs de contrôle (England et al., 2007). En d’autres termes, elle est indispensable pour prévenir les pertes d’équilibre et éviter la chute, conséquences majeures de l’instabilité lors de la marche. La prévalence des chutes est augmentée dans plusieurs populations de sujets, notamment chez les personnes âgées et les patients avec des troubles d’origine neurologique. De manière générale, si les causes des chutes sont multifactorielles, une forte proportion de celles-ci arrive alors que la personne est en train de marcher (Winter et al., 1990 ; Scott et al., 2007). De nombreux enfants également présentent des troubles qui affectent leur équilibre dynamique. Cependant, le contrôle moteur et la stabilité ne sont pas des caractères innés. Parvenir à un contrôle mature optimal nécessite une maturation des structures physiologiques et de longues années d’expérience. La période des premiers pas est empreinte d’une forte instabilité (Okamoto et al., 2007), cela même en dehors de toute pathologie. Chez les enfants, le problème des chutes est fortement lié aux étapes développementales (Flavin et al., 2006). Lors d’une marche à caractère instable, La capacité d’adaptation du patient va être proportionnelle aux degrés de liberté disponibles qui ne se limitent pas à la notion de mécanique articulaire. La régulation temporelle et spatiale en fait également partie et, tant qu’il reste des degrés de liberté mobilisables, alors le patient pourra continuer à se déplacer. Ces adaptations vont principalement se traduire par la variabilité de certains paramètres d’un cycle de marche à l’autre (Haussdorf, 2005). Si quantifier la variabilité est possible (Gouelle et al., 2013), l’interpréter est difficile, compte tenu qu’aucun chiffre, qu’aucune mesure ne nous en donne sa nature. En effet, comment différencier une instabilité issue de la douleur à l’appui et celle qui consiste à faire varier des paramètres temporels ou/et spatiaux d’un cycle à l’autre, pour s’adapter à la douleur par exemple. En réalité, au sein même de l’instabilité se cache les deux aspects : perturbation et régulation.